La
balade d'hier m'a tellement enthousiasmé que je me lève de bonne
heure, avec la hâte de remettre cela, sauf qu'il pleut. En fait, il
a plu une grande partie de la nuit et ce matin, à 6 heures, il pleut
toujours copieusement, par vagues d'averses plus ou moins soutenues.
Mince !
Mais
on ne va pas se laisser abattre par une bonne grosse petite pluie. Si
? De surcroît, en Bretagne, la pluie s'arrête toujours d'une heure
à l'autre ou bien d'un jour à l'autre ; et, justement, pile avant 8
heures, la pluie cesse. Je suis déjà prête, je me précipite vers
la voiture, non sans avoir été interpellée, au passage, par le
cuisinier du VVF, fort mécontent qu'hier, j'avais zappé et son
petit déjeuner et son panier repas de midi. Il me flanque entre les
mains un énorme sandwich et quelques autres ingrédients
comestibles. Le pauvre a du croire que je ne me nourrissais que de
randonnées dans de beaux paysages.
Il
n'y a personne sur la route. J'apprécie. J'étais un peu
déstabilisée, avant hier, par tous les virages découverts et les
autres conducteurs, derrière moi qui semblaient trépigner
d'impatience. Arrivée à Commana. Je gare la voiture devant un
magnifique enclos paroissial, à côté d'une très belle église.
Cette église, Saint-Derrien de Commana sera mon guide visuel du
jour. Je la verrais, très souvent, de loin et sous diverses
orientations.
Je
n'ai hélas pas trop le temps de m'attarder pour visiter toutes ces
beautés. J'ai pris un peu de retard à cause de la pluie. Je voulais
commencer ma "grosse" rando vers 8 heures et là, il en est
presque neuf. Cependant, la pluie a bel et bien cessé. Le ciel se
dégage peu à peu et j'apperçois même le balisage que je vais
emprunter. Ca s'annonce bien …
Aujourd'hui,
mon intention est de faire une boucle d'environ 38 km qui réunit
deux circuits :
1.
Le circuit de la Pierre Bleue (sur Commana)
2.
Le circuit des Roc'hs (sur Plounéour-Ménez)
En
reliant l'un à l'autre, par une petite sente que j'avais repéré
entre le Roc'h Trédudon, le Roc'h Ar Feuteun et le GR 380 qui va de
Morlaix à Huelgoat ; mais c'est là, où les choses vont se corser.
Il m'aurait peut-être fallu un GPS de randonnée du genre "Two-Nav",
comme mes autres amis randonneurs, plutôt que mes bonnes vieilles
cartes IGN au 1/25ème, parfois un peu obsolètes et pas des plus
précises.
Le
but, c'est de marcher sur les crêtes que je voyais hier, à ma
gauche et de profiter de la vue, là-haut, malgré un temps
passablement bouché.
A
peine ai-je quitté Commana, par un joli petit chemin creux que je
tombe sur deux curiosités. L'allée couverte de Mougau Bihan et une
nouvelle et très longue passerelle qui chemine sur la tourbière du
Mougau. Je regrette encore une énième fois, l'absence de mon
appareil photo et ma tendinite à la main droite qui me priveront de
trop nombreuses souvenirs imagés.
A
certains endroits, avec les pluies de cette nuit et de ce matin, ces
petites passerelles sont quand même bien glissantes, malgré le
léger treillis métallique apposé dessus. J'avance avec prudence.
Un
petit dépliant, à votre intention, sur l'intérêt de la
préservation des tourbières ENS_2011_ENS_Site_Mougau.pdf. J'espère
que le temps d'internet, le temps de l'immédiat et du non pérenne,
ne fera pas disparaître ce lien, comme beaucoup d'autres liens,
désormais disparus.
Mais
qu'est-ce que j'aime ces jolis circuits avec des passerelles de bois
qui me permettent de cheminer dans les tourbières, sans me mouiller
les pieds. C'est magnifique. Cela dit, mes pieds sont déjà quand
même bien trempés. J'ai marché dans des petits chemins herbeux, ce
matin, lessivés des pluies de la nuit et comme mes chaussures
n'étaient pas vraiment étanches ... Le mal est fait. Je me
découvrirais ce soir, une monstrueuse ampoule, comme j'aime bien les
crever avec une aiguille. Même pas mal (enfin si, quand même un
peu).
Après
toutes ces splendeurs, j'entame la grimpette sur les Roc'hs. Roc'h en
breton, ça veut dire roche, c'est aussi simple que cela et des
roches, je vais en voir aujourd'hui. Roc'h an Handenn, Roc'h
Bichourel, Roc'h Trévézel, sans doute un des plus connus, car il
atteint la hauteur "éminente" de 384 m. Presque un sommet
en Bretagne.
Et
comme on le voit sur la photo, on retrouve encore une fois, ces
escarpements rocheux très durs, d'âge Dévonien, en bancs très
redressés. Il paraît que ce paysage ressemble fortement à
l'Irlande et au Pays de Galle. Avec ses landes de bruyères, encore
en fleurs, malgré les dernières chaleurs, ses tourbières et ses
Roc'hs. Je ne connais pas l'Irlande. Ni le Pays de Galle. Mais ce que
j'ai là, sous les yeux, présentement, c'est très beau.
J'apprécie
pleinement. Chut. Moment magique de pure contemplation.
J'ai
des vues magnifiques sur le Ménez Mikel, le Réservoir Saint-Michel,
Commana, l'émetteur de Roc'h Trédudon, où je vais me rendre à
present. J'ai des vues magnifiques, également sur l'averse à venir.
Il pleut là-bas, c'est clair et bientôt, très bientôt, il va
pleuvoir ici. Je sors le coupe-vent coupe-pluie que j'ai logé,
aujourd'hui, dans une poche très accessible de mon micro sac. Je
l'endosserais et le rangerais à de nombreuses reprises, au cours de
cette matinée. Tiens d'ailleurs, maintenant, il pleut.
De
Roc'h Trévézel, je vais au-devant de Roc'h Ruz, puis Roc'h Trédudon
et son émetteur remarquable et passablement moche. Il faut bien
désinformer les masses. Des autonomistes bretons en étaient
peut-être conscients qui ont tenté de lui faire un sort, le 14
février 1974. Autre temps, autre lieu, nous sommes désormais soumis
aux médias de masse. Je vous mets quand même une petite photo de la
mocheté dont on se passerait bien, au sommet de Roc'h Trédudon ;
surtout quand on voit, comment l'endoctrinement des masses,
fonctionne à plein régime.
(source
: france3-regions.francetvinfo.f "l'antenne de Roc'h Trédudon à
50 ans)
Ici,
j'ai sans doute du râler de manière excessive, par rapport aux
routes traversées, aux bruits des voitures, aux touristes en plus
grand nombre, ... Je perds mon balisage. Il n'y a plus aucun
marquage, dans les environs de Roc'h Ar Feunteun. Je suis seule sur
les crêtes et je ne sais plus vraiment où me situer, par rapport à
là où je vais, compte tenu que tout balisage a disparu depuis au
moins deux kilomètres. C'est inquiétant.
Je
poursuis encore sur quelques mètres et j'arrive sur une petite
tourbière, sans aménagement ; et là, mauvaise décision, comme je
ne voyais toujours aucun marquage et que la sente que je suivais,
avait presque disparu, je fais le choix de revenir en arrière, vers
le col de Trédudon, m'imaginant, à tort, m'être trompée de
chemin.
Au
Col de Trédudon, je rencontre deux sympathiques vététistes qui me
confirment que le balisage, ici, c'est le zéro absolu (il n'y en a
carrément aucun) ; mais qu'il existe bien une petite route, après
Roc'h Ar Feuteun qui retourne sur Plounéour-Ménez. Tudieu, si
j'avais su. Je reparcours donc les kilomètres déjà parcourus, une
troisième fois. Je commence à bien le connaître, mon Roc'h Ar
Feunteun. Pour la petite histoire, Feunteun, en breton, ça veut dire
« eau vive qui sort de terre » ; donc grosso modo,
ça signifie « la fontaine ». Un lien avec la petite
tourbière qui était sur mon chemin tout à l'heure ? (celle
qui m'a fait faire demi-tour).
Un
lien plus évident encore, avec la rivière la Penzé qui coule à
Plounéour-Ménez et qui prend sa source, justement sur Roc'h Ar
Feunteun ?
(source
: Roc'h Ar Feunteun par Eric sur Flickr).
L'endroit
est vraiment très beau et particulièrement sauvage. On y voit
quasiment personne. L'ambiance y est singulière.
Au
final, je ferais quatre kilomètres, en aller retour et nouvel aller.
Quatre kilomètres de supplément, sur 38 kilomètres envisagés,
c'est quand même beaucoup. Et je commence à me dire que je ne vais
pas pouvoir repasser par les crêtes, après Plounéour-Ménez comme
j'envisageais de le faire au départ. Il va falloir que je coupe et
que j'improvise. Ce n'était guère prévu.
Au
bout d'un temps, j'arrive en effet sur la fameuse petite route,
décrite par les vététistes et qui a la forme d'un beau chemin
pierreux, tout en descente, avec des escaliers aménagés par
endroit.
(source : trainjoel.canalblog.com)
Je
me rends compte également que lorsque j'ai pris la décision de
revenir en arrière, faute de balisage, je n'étais même pas à 500
m de cet embranchement. Si j'avais su ... C'est souvent ainsi. Je
regrette à nouveau de ne pas avoir investi dans le fameux GPS de
randonnée évoqué précédemment ; peut-être l'an prochain si
le budget le permet ? Ces petits aléas, ces incidents inattendus, ça
forge le mental. Restons zen, me dis-je. L'endroit est très beau et
désert. Il fait beau, même chaud par moment, les averses de pluie
de la matinée ont totalement disparu et une jolie vue sur la vallée
qui s'étend de Plounéour-Ménez à Commana, s'offre à mes yeux.
Face
à cette vue sublime, un plan B s'élabore peu à peu dans ma tête.
Je vais couper à travers la vallée, pour relier les deux villages.
Cela devrait me faire dans les 10 ou 12 kilomètres, plus les 24
kilomètres que j'ai déjà accompli. Je sais qu'il existe des
chemins. Restera à les trouver (ce qui s'avèrera un plus difficile
que prévu).
Je
suis toute à ma joie de cette bonne idée et à sa lente élaboration
quand, soudain, j'entends un grand bruit derrière moi. Depuis ma
rencontre avec les charmants messieurs vététistes, il y a une
heure, je chemine dans la lande et parmis les Roc'hs, sans avoir
rencontré, ni entendu, âme qui vive. Rien que le souffle du vent
qui me casse un peu les oreilles. Ce bruit étrange est simplement
celui d'un autre vététiste qui descend à vive allure mon beau
chemin pierreux. Lui aussi est supris par cette rencontre et étonné
de voir quelqu'un à cet endroit, là où il ne croise jamais
personne. Nous nous saluons mutuellement.
Cet
endroit est plus réputé des vététistes que des randonneurs, car,
chaque année, au début du mois de septembre, s'y tient une course
vététiste très reputée : "les
Roc'hs des Monts d'Arrée" ou http://www.lesroch.org.
A mon humble avis, le circuit doit être aussi difficile que
magnifique.
Si
j'étais une vététiste chevronnée, j'y participerais volontiers.
Après
cette rencontre avec le vététiste solitaire, je redescends, peu à
peu, les courbes de niveau de ma carte IGN au 1/25ème. Je quitte
définivement le sommet des Roc'hs et perds les vues sur le Réservoir
Saint-Michel, Brennilis et son ancienne centrale nucléaire, le Ménez
Mikel et le Tuchenn Gador qui m'ont accompané hier et toute la
matinée. Mais je vois mon point d'arrivée dans le lointain. Le
petit bourg de Commana et sa belle église avec son immense clocher.
(source
: Tourmag.com)
Suivre
mon chemin est un plus aisé, maintenant ; car, j'ai rejoins le
GR380, parfaitement balisé. Je croise aussi un peu plus de monde,
dont un jeune couple de randonneurs, sans bagage, ni carte ou GPS qui
cheminement allègrement vers Huelgoat, à quelques trente kilomètres
de là. Suivre le GR380 et faire le tour des Monts d'Arrée est une
chose que j'aimerais bien faire dans l'avenir. Il faudra que je
revienne. Cet endroit est magique et envoutant. Décision est prise.
Peu
avant Plounéour-Ménez, mon GR380 se transforme en une très belle
piste, aux allures de boulevard pour randonneurs et tellement
rectiligne qu'elle me rappelle celle empruntée la veille, juste
avant Brasparts et qui n'était autre que l'ancienne voie du chemin
de fer qui reliait Rosporden à Plouescat. S'agit-il, là encore,
d'un témoignage géographique de l'existence du fameux "Train
Patate" ? Cela y ressemble fort.
(source
: trainjoel.canalblog.com)
Mais
en réalité, non ; il s'agit de quelque chose de beaucoup plus
ancien : une voie gallo-romaine qui reliait probablement Carhaix, via
Huelgoat, à Vorganium, une cité désormais disparue. Certains
historiens la place au village de Kerilien en Plounévenfer (ça ne
s'invente pas), près de Goulven, où je marchais l'an dernier.
Certains autres avancent même l'idée que cette voie existait,
peut-être, dés l'âge de fer.
La
Bretagne, jadis, comme beaucoup de régions françaises, étaient
sillonnées de voies romaines, puis de lignes de chemin de fer.
Désormais, elle est sillonnée de routes, autoroutes et autres voies
rapides. Le charme en est bien moindre.
(Source
: Université du Temps Libre de Morlaix)
(Source
: francois.librini.pagesperso-orange.fr)
A
Plounéour-Ménez, bis repetita. Je quitte le GR380 pour suivre un PR
que je ne trouve pas. Je scrute attentivement ma carte IGN au 1/25ème
qui me signale que j'ai une rue à ma droite et, théoriquement, le
départ de mon PR à ma gauche. Juste là où une voiture
est mal garée. Et devinez quoi ? C'était bien là. Le même
scénario se reproduira pareillement dans trente minutes, avec une
camionnette, en lieu et place d'une voiture. Certains conducteurs,
c'est une évidence, ne randonnent jamais.
Ce
petit chemin porte même un nom : "le sentier des mémoires".
Inauguré en septembre 2017 à la mémoire du patrimoine bâti, de la
Résistance, des Roc'hs, de l'antenne de Trédudon, de l'attentat de
février 1974 et des plantes du pays. Son parcours est buccolique à
souhait, il m'offre une très belle vue sur le versant nord de Roc'h
Tredudon et de son émetteur, ainsi que sur la campagne verdoyante.
(source
: trainjoel.canalblog.com)
Il
est également très mal balisé. En me retournant, je constate qu'il
n'est signalé que dans un sens, soit dans mon dos et de manière
très aléatoire (une balise tous les kilométres environ et souvent pas de balise lors des croisements). Voilà
qui va être compliqué à suivre.
D'ailleurs,
peu de temps après, je perds une nouvelle fois ma trace et tombe sur
une adorable maison de poupée, "le Moulin de Manac'h". Ah,
si j'avais eu mon appareil photo ... Le moulin-maison de poupée ne
devait pas excéder les 10 m2, murs de 0,50 mètres d'épaisseur,
inclus. Je fais demi-tour, me repère, grâce à un calvaire, ma
carte et la fameuse camionnette mal garée, à l'entrée de mon
chemin. Je croise un nouveau vététiste qui grimpe difficilement cet
autre fort joli chemin creux, tout en descente pour moi et en montée
pour lui. Il m'avoue s'être lui-aussi égaré sur ce "Circuit
des Roc'hs" vraiment très mal indiqué. Cela doit faire partie
de son charme. Certaines beautés se méritent.
(source
: trainjoel.canalblog.com)
Je
dois quand même vous avouer que, tout à l'heure, à
Plounéour-Ménez, lorsque j'ai traversé la grande route
départementale, avec le panneau qui m'indiquait Commana, l'envie fût
très forte de m'arrêter et de lever mon pouce. Mais je ne l'ai pas
fait. J'aurais eu honte de moi et je l'aurais sans doute regretté ;
car, alors, j'aurais manqué cette fin de randonnée qui a pris la
forme d'une randonnée d'orientation et, surtout, je n'aurais jamais
vu ces si jolis petits chemins creux qui pullulent pas ici.
A
partir de là, je ne perdrais plus trop mon chemin. J'aurais toujours
le clocher de l'église de Commana, à l'horizon, devant moi ; et je
sais qu'il me faut regarder de temps en temps derrière moi, pour
trouver quelques balises. Sur cette portion-là, bricolée en haut de
Roc'h Ar Feunten, ma carte me suffit, de même que le nombre
incroyable de calvaires et de croix qui me fournissent d'excellents
points d'orientations. Roz Coat, Kermazé, Keradalan, le joli Moulin
de Restancaroff, je coupe par Bothuan, un petit peu de route, encore
une croix, Restancaroff, Ponclet Huella, un nouveau très beau chemin
qui monte dans le lit d'un ruisseau et puis déjà, bien trop tôt,
Commana.
Mais
comme le lieu est aussi enchanteur qu'enchanté, c'est le GPS de la
voiture qui ne voudra pas, ensuite, me donner les bonnes indications
: désirant d'abord m'expédier vers le Relecq, avant de m'envoyer
franchement vers Sizun. Il est clair que ce sont des lieux à voir.
Rendez-vous est pris. Je l'ai dit. Je reviendrais l'an prochain.
C'est promis.
P.S.
: merci à l'auteur du blog "trainjoel.canalblog.com", à
qui j'ai emprunté de très très nombreuses photos et qui est, lui
aussi, manifestement, un amoureux du coin.












Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire