Ma
petite mise en bouche de la veille m'a placé dans d'excellentes
dispositions pour la grande rando du jour. Je m'en réjouis d'avance.
Avec gourmandise.
Je me suis concoctée une grande boucle de près de 42 km, réunissant plusieurs circuits que j'ai trouvé sur le site internet https://www.montsdarreetourisme.bzh/randonnées/.
Je ferais donc :
1
et 4. Le début et la fin du Circuit du Mené
2.
Une partie du Circuit des Landes et Tourbières
3. Une partie du Circuit du Yeun Elez
3. Une partie du Circuit du Yeun Elez
Au
final, ça donnera ça :
Le
Ménez Mikel sera mon fil conducteur. Je le verrais tout le long de
ma rando ou presque, mais à chaque fois sous un angle différent.
Formidable.
Comme
cela représente quand même pas mal de kilomètres, réalisés à
bonne allure, je pars en mode minimaliste, avec un sac de trail, deux
litres d'eau sur le dos et des ravitos, un change, un vêtement de
pluie, un sac poubelle (en complément si grosses grosses pluies),
mes bâtons de Marche Nordique, mon circuit cartographique ultra
détaillé. Hélas toujours pas d'appareil photo, trop lourd à
transporter avec ma tendinite à la main droite.
Je
suis d'attaque avant 8 heures. J'adore partir très tôt, à la belle
saison. Lorsque tout le monde dort et que nulle voiture ne fait
entendre son bruit de moteur, au loin, sur les routes.
Le
haut du Ménez Mikel est sous la brume, je le vois de loin. C'est
beau. Je passe par de très jolis petits chemins creux. C'est
vraiment le "bonheur du randonneur" ce coin-là. Par çi,
par là, les balises du trail d'hier sont toujours bien visibles.
Cela me fait sourire. C'était une bonne idée que de le faire pour
se mettre dans l'ambiance "Monts d'Arrée".
En
moins d'une heure trente, je suis en haut du Ménez Mikel où il y a
deux campeurs, un peu congelés et un photographe. L'heure des
visites n'est pas encore arrivée. Le Ménez Mikel est sans doute le
« sommet » le plus visité des Monts d'Arrée. En bas du
Mont, j'avais croisé un camping-carriste et deux vététistes. Il y
a beaucoup de vététistes dans ce coin, j'en croiserais d'autres,
peu de temps après.
Entretemps,
la brume s'est envolée et le panorama, à 360 degrés, du haut des
380 m du Mont, toujours aussi beau, surtout en l'absence de toute
rafale de vent furieux. Aucun risque de m'envoler et même pas besoin
de mon sac poubelle. Comme j'ai longuement observé le Mont et sa
petite chapelle la veille, je file pour aller dire bonjour à son
copain d'à côté. Le Ménez Kador ou Tuchen Gador pour les
puristes. Tuchenn signifiant tertre et Kador, trône. Le Mont du
Trône. D'ailleurs, il y a comme un trône tout en haut, sous la
forme d'un gros tas de cailloux avec une drôle de forme. On dirait
comme la jaquette du DVD d'une série célèbre (le Trône de Fer).
Certains maquettistes ont copié grave.
(source
: ville de Brasparts)
J'ai
pris grand plaisir à cette petite grimpette vers le Ménez Kador,
avec deçi delà, des restes de bruyères, pas totalement roussies
des grosses chaleurs de fin juillet. Il faut dire que l'endroit est
quand même passablement arrosé. Nous avons eu de la boue sur le
trail d'hier. De la boue sur un trail en pleine période de
sécheresse, il n'y a que dans le Finistère que l'on peut voir cela.
Je me dis en mon fort intérieur qu'il faut faire les Monts d'Arrée
un peu plus tôt dans la saison, lorsque les ajoncs et la bruyère
sont en fleurs. Celà doit être d'une beauté encore plus
époustouflante que celle que j'ai déjà sous les yeux.
Une
fois sur le Ménez Kador, je vois le Ménez Mikel que je viens de
quitter, sous un autre angle, avec sa petite chapelle si
caractéristique, tout au sommet.
(source
: Nadine Le Goff sur Flickr)
Egalement
bien visible, le Réservoir Saint-Michel dont je m'apprête à faire
le tour. D'ailleurs, je redescends déjà du Ménez Kador, afin de
rejoindre les marais du Yeun Elez. Sans difficulté aucune, car le
balisage des circuits de randonnées sont particulièrement
remarquables sur cette partie-là.
(Source
: Nadine Le Goff sur Flickr)
Il
y a un peu de route, entre Botcador et Creisquer, car c'est souvent
difficile de tracer des circuits de randonnée 100% chemins. Entre
l'automobiliste et le randonneur, c'est toujours le premier qui
l'emporte. Mais je suis récompensée ensuite, au-delà de toutes mes
espérances, en découvrant ... des séries de passerelles de bois,
aménagées rien pour que nous, les randonneurs, afin que nous puissions nous promener dans la Réserve Naturelle du Venec et sa tourbière,
sans nous embourber. C'est grandiose. J'adore ces petites passerelles qui
serpentent et cheminent allègrement à travers cet étrange paysage,
ni vraiment eau, ni vraiment terre. Je croise peu de personnes depuis
mon départ et plus aucun vététistes. Quelques randonneurs, mais
vraiment très peu et un monsieur sans sac sur le dos (ni rien dans
les mains) qui fait apparemment le tour du Réservoir dans l'autre
sens. Je le reverrais de l'autre côté du lac, dans trois ou
quatre heures.
(source
: http://zapettibulles.canalblog.com)
Qu'est-ce
que c'est beau une tourbière. Cela dégage une atmosphère qui
m'était totalement inconnue. Toute à la fois, hostile, déserte et
attrayante. Un petit peu hors du temps aussi.
En
passant, "yeun", ça signifie marais et l'Ellez, c'est la
rivière qui y passe et qui nourrie en eau, le Réservoir
Saint-Michel. Il n'y a pas encore très longtemps, on attachait au
"Yeun Elez", une image des "Portes de l'Enfer".
Arrivée là, je ne peux pas manquer de vous faire une petite
citation d'Anatole Le Bras ("La légende de la mort") : "Le
légendaire local situait au cœur des tourbières un marais sans
fond, le Youdig, l'une des portes des enfers : « On
dirait, en été, une steppe sans limites, aux nuances aussi
changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain
élastique, tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. A mesure qu’on
avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds :
bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on
arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre,
d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays
prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la
porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou
béant par lequel on précipite les « conjurés ». Cette
flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son
eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet
instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les
puissances invisibles»
(source
: http://zapettibulles.canalblog.com)
Qu'est-ce
que je regrette encore l'absence de prise de photos pour immortaliser
ces instants, à ma façon et l'obligation d'avoir recours aux images
de tiers pour illustrer mes propos. Il faut vraiment que je me
procure un appareil photo de poche. Le mien est trop volumineux et
inadapté à la pratique de la randonnée légère.
Je
suis à mi parcours, avec plus de 20 kilomètres parcourus et
j'arrive au Réservoir Saint-Michel, j'en fais le tour en passant par
l'ancienne Centrale Nucléaire de Brennilis, quasi désaffectée,
mais toujours pas entièrement démantelée.
(source
: Le Télégramme)
Pour
la petite histoire, l'ancienne centrale nucléaire de Brennilis,
mise en service en 1967, était équipée d'un réacteur
à eau lourde refroidi au gaz carbonique
qui fonctionnait à l'uranium non enrichi. Elle a été arrêtée en
1985, car la technologie a été jugée non rentable et surtout
instable. La procédure de démantèlement a débuté à la même
date (1985), mais n'est toujours pas achevée depuis 34 ans et fût
émaillée de très nombreux incidents, de toutes sortes, aussi bien
administratifs que techniques. C'est vous dire notre incompétence en
matière de traitement de la fin de vie de nos centrales nucléaires.
Cela n'augure rien de bon pour l'avenir.
Un
article à lire sur Francetvinfo :
Ensuite,
j'arrive au barrage de Nestavel, construit entre 1929 et 1936 afin de
réguler le cours de l'Elez. A partir des années 1960 et jusqu'en
1985, ces eaux ont été utilisées pour refroidir la fameuse
centrale nucléaire de Brennilis.
(source
: Ouest France)
Je
ne suis pas du tout rassurée par ce que je vois. Le barrage à plus
de 80 ans. Je ne suis certes pas experte en la matière, mais je le
trouve dans un état très dégradé, avec comme des zébrures dans
le béton. Je me demande de quand date sa dernière inspection et
n'en trouve nulle trace sur le net.
Je
quitte vite fait cet endroit sinistre et me dirige vers Roc'h
Cléguer, sans intention d'y grimper au départ ; puis au final, si
bien sûr que si que je vais y grimper. Je suis venue dans les Monts
d'Arrée, juste pour cela et au sommet, la vue y est sublime. Petit
clin d'oeil au Ménez Mikel qui a toujours été mon guide visuel,
sur cette belle randonnée et que l'on aperçoit dans le fond.
(Source
: Nadine Le Goff sur Flickr)
Depuis
quelques heures, je croise un peu plus de randonneurs et de petites
averses m'invitent, par çi par là, à sortir mon coupe-vent
coupe-pluie, trop bien rangé au fin fond de mon sac. En général,
il pleut, je le cherche, je dois bien sûr ôter toutes les affaires
de mon micro-sac, je le trouve enfin, je le met, il s'arrête de
pleuvoir. Néanmoins, le temps reste idéal pour marcher. Ca renforce
cette idée qu'en Bretagne, il y a plusieurs météo au cours d'une
seule journée. Tout à l'heure, dans les tourbières, je crevais de
chaud et là, il pleut et il fait plus frais.
Le
Roc'h Cléguer est un peu plus boisé que ces deux accolytes visités
le matin, le Ménez Mikel et le Tuchenn Gador. Et il y a comme sur ce
dernier, ces drôles de roches, avec leurs formes étranges. Ce sont
les restes millénaires de l'érosion et les bizarreries rocheuses
qui ornent les crètes des Monts d'Arrée trouvent leur source dans
la géologie. Seules les roches les plus dures, résistent un peu
plus longtemps à l'érosion du temps, en l'occurrence, ici, des grès
dits "armoricains".
Petite
disgression sur le sujet, avant de reprendre notre progression
pédestre.
"Ces
grès sont généralement à granulométrie très fine, de teinte
blanchâtre, souvent très purs ; ils sont fréquemment
recristallisés et passent alors à des quartzites. Par suite de leur
dureté et de leur ténacité, ils se façonnent difficilement ;
ils ont été et sont encore aujourd’hui recherchés comme matériau
d’empierrement, granulats et enrochements. Dans les terroirs
dépourvus d’autres pierres de construction, ils ont été utilisés
dans le bâti auquel ils confèrent une pérennité exceptionnelle et
une blancheur qui évoque celle de certains calcaires" (source :
Revue Archéologique de l'Ouest).
Je
reprends mon cheminement, retrouve des balises du trail d'hier et
veux revoir les fameuses "Noces de Pierre" que je n'ai pas
eu le temps de bien regarder hier.
(source
: Archéologie en Centre Bretagne)
Et
là, on fait le lien avec le petit cours de géologie que je viens de
vous asséner. Ce sont des petits alignements de menhirs
néolithiques. Leur hauteur est tellement modeste (de l'ordre d'un
demi mètre) que je fais plusieurs aller retour avant de tomber
dessus. Manifestement, nos ancêtres d'il y a 5000 ans faisaient un
peu comme nous : ils se servaient des grès blancs des Monts
environnants. L'érosion, c'est aussi l'érosion humaine (vous
imaginez maintenant l'érosion du Mont-Blanc avec ses cohortes de
touristes qui y viennent en été ...).
Après
cette petite visite historique, je retourne à ma solitude de
randonneuse et emprunte des chemins où je ne verrais plus personne.
J'ai déjà plus de trente kilomètres dans les jambes et j'envisage
subrepticement d'écourter ... Mais nan. J'aurais manqué cette
incroyable et très inattendue petite chapelle, Notre Dame de la
Croix, sise en plein milieu des bois, sur la commune de Loqueffret.
(source
: Monumentum)
C'est
là que l'on se dit qu'il n'y a vraiment qu'en Bretagne que l'on peut voir des trucs comme ça. Des calvaires et des chapelles dans les lieux
les plus improbables.
Et
puis ensuite, ce joli chemin de petite randonnée (PR) qui serpente,
pendant des kilomètres, à travers les arbres et les fougères ; mais n'est-ce pas l'ancienne ligne du "train patate" ? Le petit
tacot qui reliait Rosporden à Plouescat. Et si ! C'est ravissant.
Oubliée la fatigue. J'aurais bien continué comme cela pendant des
kilomètres, mais hélas, au bout d'un temps, une route s'est
substituée à l'ancienne ligne de chemin de fer et me voilà (déjà)
arrivée à mon point de départ. Quelle belle ballade. Je suis
crevée et franchement ravie.
(source
: Londontraveller. org)
Après
la douche réparatrice, je m'apercevrais qu'une petite tique s'est
accrochée à mes basques, malgré les jambes et les manches longues,
ces bestioles sont vraiment très indiscrètes. Elles se faufilent
partout, même sous les vêtements les plus serrés.













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