Dimanche 29 septembre 2013

J-0 : le marathon des Ecluses de Laval, le récit

Avertissement :

Je déteste la niaiserie. Les récits qui ressemblent à tous les autres récits qui se veulent lisses et parfaits quand la réalité est beaucoup plus complexe et nuancée ... Raconter un marathon n'est pas seulement faire le compte rendu d'une course de 42,195 km ; il y a aussi l'avant et l'après, le déroulement de l'épreuve dans le contexte de la vie quotidienne d'un coureur, ... avec parfois son lot de contingences extérieures qui fait que le moment sera perçu différemment par chacun ...

Cet avant-propos pour dire que ce marathon ne m'a pas bouleversé. Je l'ai couru parce qu'il fallait le courir, mais sans entrain ni aucune envie. 15 jours avant la date, je tergiversais encore : irais-je, irais-je pas ? Honnêtement, au jour d'aujourd'hui, je ne le conseillerais pas à un(e) ami(e) qui souhaiterait : 1/ courir son premier marathon, 2/ s'amuser ou profiter de l'ambiance, 3/ faire un chrono, 4/ faire des "rencontres" ... Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il est à déconseiller ... Non : le cadre y est bucolique et vraiment joli, l'organisation parfaite, les bénévoles très disponibles et sympathiques (en particulier le samedi, sous la grosse flotte), ... Simplement, en courant avec le dernier tiers des participants, je n'ai pas "senti battre le coeur du peloton" comme je l'avais perçu à Vannes ou à Paris : c'est une donnée que j'avais certes bien "enregistrée" avant de m'inscrire, mais que je n'avais sans doute pas suffisamment "assimilée" ; de surcroît, j'y allais toute seule, c'est-à-dire sans possibilité de débriefing avant ou après la course ... A deux ou plus, en club, le ressenti doit forcément être différent du mien, tout en demi-teinte.

Avant :

Après les averses de la nuit, de belles éclaircies s'annoncent sur le Centre Bretagne, lorsque je quitte ma bourgade, dans la matinée, afin de me rendre en Mayenne ; et, en toute logique, puisque la pluie vient de "chez nous" (dixit les prévisionnistes), elle m'attend bien sagement à mon arrivée à Laval, au début de l'après-midi. Elle s'amplifie même énormément au cours de la journée, histoire de nous laisser craindre le pire pour le dimanche matin : marathon pluvieux = marathon heureux ? Cela reste à voir ...

A l'abri de mon parapluie, je ne vois pas grand chose de la ville, excepté que l'hôtel que j'ai réservé sur internet se trouve à 30' à pied du centre et qu'il serait très judicieux de ma part de me dégoter un "gentil chauffeur" pour me co-voiturer le lendemain ... J'y dépose mes petites affaires et redescend vers la place du 11 Novembre, histoire de me motiver un peu en me plongeant dans l'ambiance du "village marathon" ... En fait de "village", hormis un point de vente Mizuno et les stands de retrait des dossards, il n'y a strictement rien. "Atmosphère, atmosphère, vous avez dit atmosphère ?"



Laval, préfecture de la Mayenne, me semble minuscule (à peine 51.000 habitants au recensement de 2010) et pas très dynamique. Sans doute la conséquence de cette fâcheuse météo ... Je remonte à l'hôtel et finie la journée devant la télé à regarder une rediffusion de La planète des Singes : l'origine". Quand je m'endors vers 19h00 (oui oui, vous avez bien lu), il pleut encore ... 

Réveil très tôt le dimanche, après un gros dodo et avec une bonne surprise : la pluie s'est arrêtée. A la réception de l'hôtel, je demande à quelques coureurs attablés s'ils n'ont pas une place de libre dans leurs voitures (fût-ce même dans le coffre) : oui oui, pas de problème et même assise si je veux ... Mon conducteur et son petit groupe viennent tous du Mans. Nous redescendons vers le centre ville et laissons la voiture près du pseudo "Village Marathon", afin d'emprunter les navettes de bus qui nous mènent de Laval à Mayenne. D'après les conversations que j'entends, il semble que ce marathon soit à la fois celui des habitués (certains le font pour la 3ème fois ou plus) et des débutants sur la distance. J'ai vraiment une drôle de sensation : celle d'être complètement "en-dehors", de regarder les choses se dérouler de l'extérieur, sans me sentir vraiment concernée, encore moins motivée ... Bizarre et dérangeant.

Au complexe sportif de Mayenne (toute petite sous-préfecture de moins de 13.300 habitants), le peu de femmes que nous sommes (59 sur 712 ...) devons argumenter longuement avec les hommes avant de récupérer notre vestiaire et son unique toilette : ambiance ... Je vous passe les détails sur l'absence évidente de manque de sanitaire, en particulier pour les féminines, qui semble être une des caractéristique des épreuves de course à pied en France et remercie une nouvelle fois "dame nature" d'être aussi clémente aujourd'hui (temps doux et sec, 17-19°C annoncés) et généreusement présente (Mayenne est une jolie ville champêtre agrémentée de nombreux bosquets) ...



Je rencontre brièvement @Juliet de CAF que j'ai malencontreusement réveillée à 4h00 du matin en lui souhaitant "bonne course" (oh la la ...), laisse mes sacs à la consigne et déambule autour de la Place des Halles, en vaine recherche d'une émotion, d'un signe, du moindre souffle du "grand esprit du marathon", ... Mais nan, y'a rien. Je ne "ressens" rien. Il est 8h45', alors je fais comme tout le monde, je rejoins la ligne de départ et me positionne derrière, en queue de peloton, juste au niveau des spectateurs : c'est dire ...

Pendant :

Pour parvenir à faire les 42,195 km réglementaires, le marathon des écluses de Laval tourne deux fois en boucle dans le centre ville de Mayenne, avant d'emprunter 33 km de voie de halage le long du fleuve du même nom et 2,195 km pour finir avant l'arrivée à Laval. Ces quelques kilomètres dans Mayenne sont une des difficultés de l'épreuve (en plus de la distance) : ça monte un peu, ça redescend abruptement, ça tourne à angle droit, ça monte sur des trottoirs, ça passe entre une barrière métallique inamovible pour interdire aux deux roues de passer ... et accessoirement un coureur aveugle et son guide ; et cela deux fois ...

A peine franchi l'arche, je réalise que : 1/ il n'y a pas de tapis et donc que le temps d'attente après le départ sera en sus et 2/ mon GPS n'a pas trouvé de signal. Et bien ... En fait, j'étais tellement peu concentrée que je n'ai même pas pensé à vérifier le bidule avant de le mettre en route. Je l'éteins, je le remets en marche, il cherche, il cherche, il cherche, il prend son temps le machin, enfin il trouve ... ouf. Déjà le premier kilomètre parcouru et ... en 7'30'' : oh la la, la misère. Déjà que j'étais pas très motivée mais alors là ...

Heureusement, après la première boucle, il y a un peu d'animation : le speaker égrène les noms et la biographie des coureurs locaux et des rares féminines présentes sur l'épreuve et les spectateurs à sa suite nous encouragent (merci merci, c'est gentil, ça réconforte). Devant moi, il y a un coureur qui porte le maillot technique qui nous a été donné en récompense à "Dol-Combourg". Je lui demande s'il a fait le semi. Oui oui. C'était son premier d'ailleurs. Premier marathon aussi. Ah bien, comme on dit : "good luck to you". Le monsieur est grand et il a de grandes jambes qui font de grandes enjambées, alors je le laisse gambader avec ses grandes gambettes devant moi.

Finalement, les 7 km sont assez rapidement faits et mon retard rattrapé lorsque j'arrive sur le chemin de halage (42'02'') ; par contre, les pulses sont trop hautes (90% de FCmax), aussi je ralentie l'allure (déjà pas bien élevée). On change aussi de terrain : jusqu'à présent nous avons couru sur du goudron, des trottoirs, un peu de pavés, de la terre, là c'est un revêtement composé de terre et de graviers plus ou moins fins en fonction des trous à reboucher qui sont plus ou moins gros. Un sol pas vraiment dur mais pas vraiment mou non plus et qui semble absorber plus d'énergie qu'il n'en restitue ... Un peu fatigant à la longue. En revanche, le paysage est ravissant : il y a des arbres, de l'ombre, des champs, quelques vaches qui dorment ou dînent sans nous jeter un regard, des écluses, des pêcheurs qui pêchent sans nous jeter un regard, des poissons invisibles qui se dissimulent aux leurres des pêcheurs et qui nagent sans nous jeter un regard, des golfeurs qui conduisent des voiturettes de golf ou qui jouent au golf sans nous jeter un regard, des personnes qui encouragent leurs proches et accessoirement nous jettent un regard ou deux et nous encouragent (merci merci), ... ; la météo est idéalement favorable, les ravitos très nombreux et judicieusement placés, les kilomètres rigoureusement indiqués. Rien à redire. C'est parfait. Mais cette charmante et bucolique monotonie insidieusement m'endort ...






Pendant 33 + 2,195 km, je ne parviens pas à accrocher durablement un coureur ou un groupe de coureurs : entre le 10ème (en 60') et jusqu'au 23ème (en 2h18') environ, je serais plus ou moins à proximité d'un "faux meneur d'allure" mais "vraie pipelette", revêtu d'une tri-fonction aussi moulante qu'immaculée et qui relate à haute voix, à un peloton-public de plus en plus restreint, la longue liste de ses exploits sportifs (marathon de montagne, ultras et blablabla ...), prodiguant à l'occasion bons et mauvais conseils pour finir par achever tout ce petit monde aux alentours du 23ème ... Entre le 10ème toujours et jusqu'au 27ème, un monsieur qui court son premier marathon, tout de rouge vêtu, poche à eau qui glougloute incluse et qui ne me suit plus au-delà ... Mon coureur aux couleurs de Dol-Combourg et son accompagnateur vélo que je retrouve entre le 30ème et le 39ème et que je vois ralentir ralentir ralentir au fur et à mesure que l'arrivée approche approche ... 

C'est joli, c'est champêtre, mais je m'ennuie. Un peu. Beaucoup. Enormément. Du coup, malgré ma ceinture porte-gourde, je m'arrête à tous les ravitaillements afin de boire un ou deux gobelets d'eau, en sus du coca cola et des parts de quatre-quart lorsqu'il y en a. Les bénévoles sont encourageants et très bienveillants et les 11 ravitaillements bien disposés. Cela "m'occupe" et donne un peu de rythme à ces 33 km en ligne droite. La température a beau ne pas être excessive, à partir du 33ème, je rattrape de plus en plus de coureurs saisis par les crampes. Je double même un coureur en five fingers qui connait l'illustrissime @Crocs-man, le @kikoukeur kikour tous ses marathons en crocs


Les jambes sont fatiguées et j'ai sans doute une ampoule à un de mes gros orteils, mais c'est tout à fait supportable. Rien à voir avec la douleur que j'avais ressentie sur les 7 derniers kilomètres du Marathon de Paris. Rien à voir non plus au niveau de l'ambiance. En fait, je n'ai pas vraiment l'impression d'être sur un marathon. Je cours un peu comme je pourrais courir un de mes entraînements longs (bigrement long quand même l'entraînement) ... Et finalement, j'arrive. En 4h25', loin du chrono espéré, mais bon, sur cette course, je n'étais pas "dedans", j'étais plus spectatrice qu'actrice : 3 marathons en moins d'un an, le compte n'était pas le bon et vraisemblablement pour moi, le dernier, celui de trop, celui qui m'a lassé. Je vais laisser du temps au prochain de venir et de mûrir.

Après :

Je n'ai pas été "transportée" sur ce marathon, ni ne suis contente ou fière de ce chrono à peine amélioré d'une minute, mais cela tient plus à mon état d'esprit du moment qu'à l'organisation elle-même qui est irréprochable et je suis quand même heureuse de recevoir ma médaille des mains d'un gentil bénévole. Une très jolie médaille d'ailleurs ...

Ayant plus de 4h25' "à tuer" avant de reprendre le train et plus assez d'énergie pour refaire un 2ème marathon, je prends mon temps sous la douche (eau froide uniquement et à 1 km de l'arrivée ...), me rends à pied à la salle polyvalente (à presque 2 km de l'arrivée ...), en haut de la vieille ville, afin d'assister à la remise des récompenses. Sous des cieux plus cléments, je me rends compte que Laval est vraiment une belle ville, avec ses vieux remparts, ses maisons à colombages et ses multiples espaces verts.



Je me classe 557ème sur 669 arrivants. 712 au départ.
7ème V2F sur 10 à 1' de la sixième et 42ème féminine sur 59 (<10%).
La 1ère féminine (V1F) en 3h19', la 2ème et 1ère V2F (de mon année de naissance) en 3h30' est une ancienne championne russe établie dans le coin, la 3ème (V1F) en 3h33' ... 
Le milieu du peloton (essentiellement masculin) approximativement entre 3h50' et 4h00'.

10 commentaires:

  1. si un jour tu viens à dire que mes resumés sont longs j'hurle lolll
    bravo à toi,au moins il n'y a pas de fautes chez toi et joli tome
    à bientot valdes
    nono

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  2. Ah vi c'est clair .. mais j'ai écrit gros et j'ai mis des images, hein ...
    Nan j'rigole ... C'est vrai que c'est un fleuve (aussi long que la Mayenne)

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  3. Très beau CR, mais on n'en attendait pas moins de toi.
    Tu sais toujours très bien faire passer tes émotions .... ou pas....
    Alors tu vois qu'un petit marathon, pas beaucoup de monde, pas beaucoup de spectateurs .... pas beaucoup d'ambiance.... ça fait pas rêver!

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  4. j'ai beaucoup aimé ton récit mais pas le marathon ^^
    Bravo à toi pour avoir terminé, car sans l'envie fallait le faire !

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  5. Ben si tu as pris le temps de faire toutes ces photos je comprends bien que le chrono soit juste amélioré d'une minute.
    Il y a des jours où on n'y est pas... dommage!
    Bibiche

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  6. Oh lala non @Bibiche, je n'ai pas fait les photos en courant. Je les ai chipé sur le net. Vu le temps que je mets pour prendre une photo, alors quelle pause, quel cadrage, quel premier plan, ... il m'aurait largement fallu plus de 5h30. Mais je retournerais bien faire du vélo-photo-touristique dans le coin, truffé de très très beaux châteaux ... Magnifique.

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  7. Joli CR même si ce marathon ne t'a pas enthousiasmée. J'aime les CR qui parlent "vrai", ceux avec les impressions, les ressentis, les anecdotes, alors cela me va ! :-) Bonne récup et pause marathon pour penser à d'autres courses.

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  8. Un marathon c est déja long mais si en + on se fait ch.., alors ce n est pas drole du tout. C est pour ça que je n 'ai jamais fait que des gros marathons plutot que des petits, afin d'etre toujours "avé du monde" et de l 'ambiance.
    j ai un triste souvenir du marathon de lyon , couru sous la pluie ou je m 'étais retrouvé seul ou en trés petit comité durant 4h sous l 'eau...
    et puis un marathon c 'est super de le faire entre amis, de niveau proche tant qu 'à faire, plutot que tout(e) de l 'échauffement à l 'arrivée !!

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  9. super CR très agréable à lire ...

    bravo encore , un marathon reste une épreuve à part ...

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  10. Moi, j'ai bien aimé le « Ayant plus de 4h25' "à tuer" avant de reprendre le train et plus assez d'énergie pour refaire un 2ème marathon » ... :-)
    Sinon, effectivement, le problème des "petits" marathons, c'est que l'on peut souvent se retrouver seul du 10e au 42,195e km :-(

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